samedi 21 novembre 2009

Deuxième phantasmatogoripaphique : le chant du géographe

De retour à terre, on se retourne et là??? Des géographes partout. Wha !!!

Bon pour la petite histoire, c’est qu’on est sur une cote explorée en premier lieu par Mr Baudin, explorateur français accompagné de ses deux vaisseaux : le géographe et le naturaliste. Il a un peu marqué le paysage le bonhomme. Et Om de courir après les camions poubelle où était marqué Geographe bay. On se refait pas.

Première goriphantasmatique : le chant des baleines.

Donc ça y est, on charge la mule, et c’est reparti pour quelques bornes au sud de Perth. Destination : la région de Margarette river, plein de cote sauvage, de vignobles et de… baleines. C’est que ça fait à peu près 20 000 bornes qu’on est tailladé par cette histoire de baleines. Un coup elles sont presque là, un coup elles sont trop cher, un coup ben heu, dans l’eau. Et nous voilà qu’on arrive dans un bled et qu’on se dit : et pourquoi pas maintenant. A ce moment là, juste avant d’y aller, vous n’êtes même pas trop excité par le fait que ça y est vous y êtes, vous ne pouvez plus faire marche arrière. Le bateau est devant vous, avec tout son océan, et « comment ça mon chéri on va voir les baleines ? » tellement, vous avez refoulé la chose pendant des mois. Et puis ça arrive.

Un moment, le bateau vire de bord brusquement, alors vous scrutez le bleu de la mer (ou du ciel, dans l’excitation c’est confus), et un doigt se pointe, puis des tas de doigts et des cris. Le bateau file droit devant les doigts. Mais raté. Elles sont déjà aux tréfonds de la mer (avec toutes les autres bêtes… irk). A bâbord, quelqu’un hurle « Là !!!!!! » ce qui sur un bateau en pleine mer est pas très pratique. Peu importe. Le bateau file droit vers le « là », et un geyser d’écume blanche de nous accueillir. Waaa.

Donc après, ben y’a plein de baleine partout. On doit crier pour les attirer parce que ce sont des petites bêtes curieuses. Alors on crie. Et on voit leur splach, leur nez, leur fesses, leur bidouillou, leur coquillage incrusté (les coquettes). Et une voix se met à chanter (non pas moi, ne vous inquiétez pas).

Chant d’opéra, emmitouflé dans une écharpe et un bonnet. Et c’est putain d’émouvant. Parce que voir des baleines, c’est fantastique. Mais voir des baleines avec de la musique classique live, c’est taré. Ce petit imprévu met tout le monde dans les chaussettes. Et on reste bouche bé pendant deux heures.

3 semaines de voyage au pays des merveilles

Si un jour on nous demande quel sont les paysages d’Australie qu’on aura le plus apprécié le long de nos 35 000 bornes, ce sera sans conteste le Kimberley (Voir post 7000 bornes plus haut) et le sud ouest de l’Australie Méridionale. On peut le dire aujourd’hui. Quitter le Perthiflage nous a redonné la patate (douce, c’est bon, même en soupe), et nos trois semaines de baroude ont été fantasmagoriphique.

vendredi 9 octobre 2009

Perthéverer ou Melbournifler, telle est la question

Voilà donc un mois et des gamelles que nous sommes à Perth, habitants d’une maison avec des chats et des colloques un peu fous, mais tous sont plutôt sympas. Notre première nuit d’ivresse (et nos premières « mouilles marinières » en Australie, qui peut pas s’empêcher d’écorcher ce nom si doux) nous a amené à rencontrer Johnny et Louise. Ce couple maorien-australien, bien entrainé au basculement du coude, nous a proposé en fin de soirée d’emménager dans leur flatemates (maison en colloc), pour voir venir doucement l’été.

Freemantle : petite ville bien sympa pas loin de chez nous

Le surlendemain, nous nous réveillâmes dans notre petit van sous un déluge de pluie qui nous a vite fait déposé les valises dans cette grande maison avec toit imperméable. Bon si mes hormones de vieille fille maniaquo-maniaque m’ont tout de suite fait remarquée un léger laisser-aller collectif dans le ménage (comment ça j’ai la chaussette qui est resté collé au sol ?), il est clair qu’on ne pouvait pas cracher sur le luxe de parler anglais avec des jeunes, de Nouvelle Zélande, de Singapour et d’Australie dans un salon 10 fois plus grand que notre van et une cuisine suréquipée (et la gamelle sur ressort là elle sert à quoi ? c’est un mijoteur ? haaaaaaa !)

Les premières deux semaines furent sportives, comme Johnny et Louise fêtaient leur trois mois d’indépendance à Perth et T redémarrait sa vie , et nous ben on s’essayait au slang australien (argo). Ce fût plein d'entrain et de malice. Après tout ça il a bien fallut faire le jardin et le ménage.

Donc on prend les même et on recommence :

Johnny, maori-néozélandais, guitariste et dessinateur à ses heures, qui travaille dans la construction et se nourrit exclusivement de gros steaks, de meatpies, d’hamburgers, et de maïs panné.

Louise, australienne de Melbourne, qui redécouvre sa vie loin de la pression familiale, qui ne tolérait pas vraiment la couleur « maori » de son partenaire. Elle se nourrit en ce moment de repas tout préparé par une entreprise de slimfast, ou de plutôt « comment manger normalement ». Mais là elle nous prépare un poulet à la crème qui fleure bon!

  • (photo à venir)

T, singapourienne, qui a quitté la vie de fou de Singapour il y a 7 ans pour construire sa vie autrement, est encore partagé aujourd’hui entre dire que la vie de Singapour c’est une vie d’esclave et rejeter le Welfare state. Elle, elle est plutôt obsédée par la bouffe en ce moment, et elle nous a cuisiné pas mal de petit plats asiatiques, marf !

Alors pourquoi avoir définit nos faltemates par leur régime alimentaire ? heu… ben, parce que la bouffe est un sujet centrale de discussion quand on voyage. Après le ventre bien plein, on papotte politique et de n'importe quoi. Un peu comme chez nous quoi. Le seul truc c'est que les australien mangent devant la télé (qui fait 2 m sur 2), et qu'on les voit pas souvent à table. Mais le français sait s'adapter et manger à tous les rateliers...

Un marché de semi-gros que nous a fait découvrir T

Ha oui pis les chats :

Tigger, à la botte de monsieur, et Jelly Bean, fofolle tout juste stérilisée. Et eux ben ils mangent des croquettes pour chats et souvent dans la gamelle du chien d’à coté. Mais on discute rarement petits plats avec eux.

Et à part manger et papoter, ben on a cherché du travail. Hé oui puisqu’on arrivait bientôt à la case « fauché », fallait bien remettre du gaz dans la machine. Sauf que, allez savoir pourquoi, cette fois ci on s’est dit qu’on allait chercher du boulot sérieux ! C’est qu’après toutes ces vacances, on a enfin trouvé chacun ce qu’on voulait faire dans la vie, et on s’est dit pourquoi pas commencer à se faire les dents en Australie.

un jour dété à Freo, on a rencontré des artistes de rue (on aime bien freo, c'est notre bouffée de ville européenne avec ses vieux batiments en pierre et son espace publique publique)

C’est intéressant et ça fait bien sur le CV. Héhé.

vue du jardin botanique sur le centre de Perth

Je rigole parce que ça fait un mois qu’on envoie des lettres acharnées et que maintenant on en est arrivé à un point où l’on cherche des stages même pas payés. Ca va pas remplir nos assiettes, mais on espère bien que ça les remplira un peu plus tard, à notre retour en France…

Ludo arrasé par des journées de travail sans solde, dans notre jardin de banlieu

Lundi prochain, nous partons donc sur Melbourne, où l’on va surement rester jusqu'à la fin pour faire des stages de langues, des stages tout cours ou au pire des petits jobs. Melbourne est une ville où il y a plein de chercheurs et de consultants qui bossent sur l’évaluation des politiques publiques et l’interprétation du patrimoine. Alors on va aller creuser là-bas, sachant qu’on a déjà quelques pistes. Au moins, on passera nos dernières pièces en ferraille dans une ambiance stimulante. Ben c’est vrai quoi, à Perth y a pas de montagnes… ;o)

A partir de lundi, on se prend donc trois semaine pour faire les 3 500 bornes qui nous sépare de la ville espérée, avec sur la routes les sites d’escalade les plus fous que j’ai jamais vu (bon d’accord, suis pas une experte, mais rhaaaaa, grimper des falaises de 200 m juste au dessus de l’océan furieux, ça me parait honnête comme proposition).

Après ce mois persien passé devant nos ordinateurs, nous allons reprendre les routes des grands espaces ! Yeepaaaa ! On vous embrasse fort, et fort… et… voilà.

mardi 29 septembre 2009

La question aborigène

On a tous entendu parler des « Aborigènes » au moins une fois dans sa vie.. Peut-être certains se rappellent-ils de Kathie Freeman, l’athlète australienne aborigène qui a allumé la flamme olympique des JO de Sydney en 2000. Ensuite, lors de son tour d'honneur pour sa victoire du 400 m, elle porta les deux drapeaux australien et aborigène. « Image romantique », dans laquelle on voyait un acte symbolique en faveur des minorités ethniques. Vu de notre Europe lointaine, la question aborigène a quelque chose de folklorique, même si on est plutôt du coté de cette minorité culturelle, avec son pointillisme, ses boomerangs, et ses didgeridoo qui font beau dans le salon ou à l’arrière cours d’un bar un peu bobo. Mais il y avait plus que ça. En fait, il s’agissait réellement d’un acte politique fort. Explication avec nos yeux, nos oreilles et nos lectures.
Le terme « aborigène » est un terme générique (importé par les blancs dixit notre room-mate Johnny, qui est lui-même « aborigène » Maori – (et… le nom de sa tribu est trop compliqué)) pour parler de l’ensemble des communautés noires d’Australie et de Nouvelle Zélande (cf. carte des territoires aborigènes : Pour plus de détails, voir : The Australian Institute of Aboriginal and Torres Strait Islander Studies (AIATSIS) (http://www.aiatsis.gov.au/)
Le politique parle aujourd’hui d’Indigenous people ou de Black People. Quelque appellation que ce soit, la société australienne est aujourd’hui divisée par la « question aborigène », qu’il est possible de résumer de la manière suivante : quelle attitude doit-elle adopter aujourd’hui par rapport à la manière dont ont été traitées - et sont toujours traitées - les populations aborigènes ?
Le voyage est une façon étonnante d’expérimenter cette question parce qu’on la découvre au fil des gens et des paysages rencontrés. C’est comme si on nous plongeait progressivement dans un bain bouillonnant, sans qu’on sente vraiment l’eau (ou la sauce) nous brûler la peau.
Au cours des premiers mois, pas un « abo » en vue. Pourtant, on lisait des tas de trucs dans nos bouquins (haaa ces gratte-papiers !) sur l’histoire et la culture aborigène en Australie. Mais où est-ce qu’elle est alors, la question aborigène ? On a d’abord rencontré Clare, sur la côte urbanisée du Queensland, chez qui on a travaillé un peu. On a parlé de la manière dont elle voyait la question aborigène dans son pays. Elle a admis qu’elle n’en avait réalisé la gravité que jusqu’à très tard (c'est-à-dire jusqu’aux excuses officielles du gouvernement, voire infra). Puis on a rencontré Joe à Sapphire (l’émigré allemand barbu au jogging dépenaillé, chercheur d’or): « ils ne veulent pas s’intégrer, ils ne veulent que l’argent du gouvernement ! Et c’est quoi ce truc de demander un permis pour traverser leur territoire ? Avant c’était des fermiers, et j’avais aucun permis à demander à qui que ce soit pour y venir ! on traversait l’Australie, point barre ! ». Puis ce couple de Tasmanie rencontré pas loin de Cairns : « surtout faîtes attention aux noirs, faîtes attention à votre appareil photo, ce sont des voleurs… ». Et Kuranda, un village soit disant bobo-baba authentique, ouvert sur les communautés aborigènes, qui cultive l’art aborigène de l’intérieur (chauffé !). On y voit en effet un important business autour de l’art et de la culture aborigène où toutes les belles boutiques sont tenues par des commerçants… blancs.
Bref, en résumé, le malaise est palpable avant même de rencontrer les premiers aborigènes : rancœur, racisme envers les abo, et en même temps hyper-marketing de leur culture.
Puis viennent les premières rencontres à partir de Cairns : étonnantes. D’abord, le mode de vie de beaucoup De communautés aborigènes est totalement décalé par rapport à l’Australie blanche. Ils passent des journées entières assis en petits groupes un peu partout en ville à discuter, à regarder les gens passer, à « squatter » on dirait, ce qui tranche par rapport à la culture urbaine australienne où l’espace public est principalement occupé par les voitures, et où les gens se réunissent dans les pubs. Ensuite, à l’entrée des zones où vivent des communautés aborigènes, de nombreux panneaux signalent des mesures de restriction de la vente et de la consommation d’alcool… Alors forcément quand vous voyez un aborigène avec une bouteille d’alcool à la main, vous ne pouvez empêcher votre satané cerveau de faire le lien : « abo – alcoolique = pas bien », et de vous sentir mal à l’aise. Alors bien sûr qu’il y a des problèmes d’alcool dans les communautés aborigènes, mais il y en a aussi dans les communautés white, et elles ne sont pas autant stigmatisées. Pour conjurer ce malaise, on n’a pas pu s’empêcher d’aller de musées en musées, de films en documentaires, de bouquins en bouquins pour en savoir plus. Le plus drôle (enfin…), c’est que finalement on est tombé aussi bien sur des bouquins d’histoires progressistes que conservatistes sur la question aborigène, ce qui nous a permis de repousser nos préjugés.
Bon, alors, repartons du début. Les abo habitent l’Australie depuis plusieurs dizaines de milliers d’année. À partir de la fin du XVIIIème siècle, et surtout au cours du XIXème siècle, la Grande Bretagne a colonisé le continent. Évidemment, cela ne s’est pas fait dans la joie et la bonne humeur : batailles, massacres, et autres festivités ont donné le ton des relations abo / blancs. Malgré cela, la couronne britannique a déclaré l’Australie Terra nullius, c’est-à-dire terre inhabitée. Elle a considéré que les populations autochtones vivaient en population négligeable et sans véritable organisation politique. Grâce à cette vision des choses, elle se sentait autorisée de coloniser le continent en toute légalité et toute bonne foi.
En 1901, l’Australie est officiellement créée et existe désormais comme une fédération appartenant au Commonwealth. Premier acte politique fort : la Constitution australienne pose le principe de l’Australie blanche et édicte la « White policy » : le pays appartient à la race blanche et doit le rester. Les australiens de l’époque craignaient d’être submergés par l’immigration asiatique. Ils ont alors fermé les frontières du pays aux non-blancs. A l’intérieur du pays, c’est le point de départ d’une politique ségrégationniste visant à séparer la population blanche de la population noire. Les abo ont alors été déplacés dans les réserves sans liberté de mouvement, où enrôlés de force dans les travaux agricoles. Surtout, les enfants métisses, les « creamy », étaient enlevés de leur famille et placés dans les institutions à des dizaines de millier de Km de leur territoire et tribu d’origine, visant à leur « inculquer » le mode de vie blanc. 100 000 enfants ont été enlevés jusque dans les années 70… On les appelle la génération volée (stolen generation). En conséquence de la colonisation et de la politique ségrégationniste, les populations aborigènes ont été profondément déstructurées socialement et coupés de leurs terres ancestrales qui occupent un rôle central dans leur culture. Aujourd’hui encore certaines familles et tribus n’ont pas pu être réunies, et souffrent de cette éclatement.
La White policy a pris fin au début des années 70, période au cours de laquelle les abo ont (enfin !) été reconnus comme des citoyens australiens. Avant-ça, ils n’étaient tout simplement pas considérés ! Peu, voire pas de salaire, pas de droit de vote, pas le droit d’aller dans certains lieux publics… Puis le mouvement en faveur de la reconnaissance des droits aborigènes s’est intensifié, donnant lieu à la mise en place de nombreuses politiques sociales aux effets largement contestés : elles engendreraient une logique de dépendance et d’assistanat, favorisant l’alcoolisme… Les années 90 ont été marqué par des actes politiques forts : suite à un procès de longue haleine, l’affaire Mabo, le premier aborigène obtint la reconnaissance de ses droits de propriétés ancestraux et recouvra la jouissance de ses terres perdues au moment de la colonisation. Le gouvernement fédéral fit ensuite voter le Native Title Act permettant aux abo d’ouvrir une procédure de reconnaissance de leurs droits ancestraux. Cette loi provoqua de nombreux et profonds émois dans la société australienne, notamment chez les fermiers qui y voyaient le risque de se faire exproprier. Dans les faits, les effets de cette loi semblent avoir été fortement encadrés par divers amendement politiques. La portée fut dont plus symbolique que réelle. Mais le mouvement politique aborigène est depuis profondément ancré en Australie…
Enfin, le gouvernement Howard (droite, 1996-2007) refusa de prononcer des excuses aux peuples aborigènes, tel que l’avait proposé la commission de réconciliation. Ces excuses ont finalement été prononcées par le gouvernement Rudd en 2007 (gauche, depuis 2007). La décision de prononcer des excuses à cristalliser les divisions australiennes autour de la question aborigènes. Deux thèses s’affrontent. Les anti considèrent que les excuses n’ont pas lieu d’être car, selon eux, il n’existait pas de « peuple » aborigène unifié et organisé au moment de la colonisation. Celui-ci serait né au cours du XXème siècle comme mouvement politique pour réclamer des droits. Formuler des excuses et reconnaître des droits ancestraux n’auraient donc pas de fondements historiques (C’est la thèse toujours active de la terra nullius). De surcroît, cela ouvrirait une fenêtre d’opportunité « dangereuse » car favorisant des excès dans l’allocation de droits juridiques, politiques et financiers aux populations aborigènes. En somme, les seuls problèmes posés par les populations aborigènes sont d’ordre sociaux et non politiques : il faut parvenir à les « intégrer » à la société australienne en agissant localement. Les pro-excuses pensent évidemment l’inverse. Le problème est politique : le bien être des groupes aborigènes passerait par une réconciliation nationale suite à la reconnaissance des actes regrettables commis par le passé par les colons. En somme, pour les uns, le problème est social et local, alors que pour les autres, il est national et politique.
De nombreuses politiques visent aujourd’hui à mieux faire connaitre et reconnaître les cultures aborigènes à l’ensemble de la communauté australienne, notamment les politiques du patrimoine (les parcs et leur centre d’interprétation, mais pas tous ; les musées, et même les médias télévisuels offrent des créneaux « black people »), et à intégrer les populations aborigènes dans ce processus. Mais parfois, il y a encore des processus étranges qui visent à déplacer le problème, comme on l’a vu récemment dans les journaux : le déplacement de populations aborigènes pour résorber les problèmes d’alcoolisme d’une ville à proximité de Port Hedland. Et les préjugés restent forts comme on a pu le constater au cours de nos rencontres.
Il est difficile pour nous d’avoir un avis tranché concernant la question aborigène. Celle-ci est extrêmement complexe. Le résumé ci-dessus n’est qu’une pâle tentative d’explication d’une histoire longue et en cours de construction. Il nous semble toutefois que la thèse des anti-excuses n’est pas tenable car elles tentent d’inverser le rôle des accusés et des accusateurs : elle demande aujourd’hui aux aborigènes de faire la preuve de l’existence historique de leur société et de leurs droits alors que les premiers à les avoir officiellement reconnus se sont les colons eux-mêmes en créant une entité « populations noires » - les aborigènes - qu’il fallait tenir en dehors de la société blanche.. Il y a même quelque chose de malsain dans cette tentative de renversement. Les aborigènes se sentent aujourd’hui liés par ce passé douloureux et forment ainsi un groupe politique à l’échelle fédérale. Donc, oui, nous pensons que la question aborigène est politique et implique la société australienne dans sa globalité. Son règlement dépendra de la capacité de cette dernière à trouver une place en son sein pour chacune de ses composantes, et cela dépend sans doute beaucoup de sa capacité à s’accorder sur sa propre histoire qui est toujours en débat.. Cependant, ce règlement politique ne suffira pas seul à résoudre les problèmes de scolarisation, de violence ou d’alcoolismes dont souffrent certaines fractions de la population aborigène. La dimension sociale de la question aborigène ne doit pas être sous-estimée, à condition que l’intégration ne soit pas pensée avec un modèle unique et dominant. Revoilà le politique qui réapparaît... Le politique est dont une condition nécessaire, mais pas suffisante.
  • Pour en savoir plus :
  1. Films :
  • Rabbit Proof Fence de Philip Noyce, sur la génération volée
  • Sanson et Delilah de Baz Luhrmann
  1. Livres :
  • Australie : Histoire, société, culture de Maïa Ponsonnet et Pierre Grundmann
  • Les essais d’Henri Reynolds qui a révélé dans les années 90 que le settlement australien n’avait pas été qu’une partie de plaisir avec les aborigènes.
  • Et pis on en a d’autres mais on vous les donnera à notre retour.

lundi 28 septembre 2009

La version blonde de Petit Renaud

L’escroquerie des Pinacles

En Australie, il y a trois types de parc nationaux : ceux qu’on peut pas y aller si on a pas un gros quat’quat ; ceux qu’on peut aller voir avec not van rutilant de poussière et qu’on peut visiter librement ; et ceux comme les Pinacles.

Les Pinacles, ça fait partie de l’image que quand vous constituez votre petit dossier « Oz » avant de partir, vous vous dites ouah, ça déchire l’Australie. Ça fait parti des passages obligatoires, des trucs à pas rater.

Quand t’arrives làbas, y’a un gros parking pour une centaine de véhicules, et t’as le choix : soit tu fait le tour du bordel à pied, soir tu restes les fesses au fond de ta voiture avec ton burger et ton coca à la main. Un sentier, une route.

A pied (quand même on l’a fait à pied non mais !) t’arrive en haut d’un sentier bétonné large comme une autoroute, pour t’enfoncer dans les champs de pinacles, guidé par des flèches qui te somme de ne pas sortir du sentier.

Et là tu commence à compter les voitures passer, et les groupes de touristes se suivre. Incroyable, un vrai musée Beaubourg le jour des Journées du Patrimoine. Le champ de pinacles devient un champ de bataille dans lequel tu te sens piégé tellement la scénographie t’empêche de penser, tu te souviens vaguement de la photo que tu avais vu sur les plaquettes, et tu te dis « ha ouais ».

En fait c’est difficile à décrire, mais on s’est tellement senti enfermé dans cette expérience qu’on était prêt à casser du Pinacles (sisi, alors que c’est bien marqué partout « Don’t touch »). La mise en scène du site, mêlant les voitures, les piétons et toute cette signalisation nous ont donné un goût de fronde qu’on ne se connaissait pas vis-à-vis du patrimoine naturel. Bref, ce parc d’attraction à deux heures de Perth est tout ce qu’il y a de pas naturel.